Il est facile d’être déçu des résultats de la Conférence Rio+20 sur le développement durable. Même si les gouvernements ont bien écouté nos arguments, ils n’ont guère pris de mesures concrètes. Aucun engagement visant à créer plus d’emplois « verts » et décents, pas d’instauration d’une Taxe sur les transactions financières (TTF), seulement une vague référence aux recommandations de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) en matière de protection sociale (Social Protection Floor[1]), etc. Puisqu’il n’est pas possible de faire bouger le monde avec la déception pour seule arme, nous présentons cinq pistes pour avancer malgré tout.
1. Tenez compte des pays du Sud. La présidente brésilienne, Dilma Rousseff, n’a pas manqué de retenir l’attention des photographes avec les 120 chefs d’Etats et de gouvernements qui s’étaient réunis à Rio. Pour prouver au monde que les pays du Sud sont, eux aussi, passés maîtres dans l’art de la diplomatie, les Brésiliens ont en effet réussi à conclure un accord avant l’arrivée des chefs de gouvernements. Les pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) font de plus en plus clairement sentir leur puissance économique, qu’ils veulent aussi utiliser politiquement. Les Etats-Unis et surtout l’Europe parviennent de plus en plus difficilement à imposer leurs vues aux autres pays du monde.
2. La “politique des petits pas” pour obtenir l’adhésion de chacun. La protection de l’environnement (qu’il s’agisse de la lutte contre les mutations climatiques ou de la protection des océans) et les thèmes sociaux (comme le travail décent et la protection sociale) sont des sujets qu’il faut traiter à l’échelle du globe. Une approche multilatérale dans le cadre des Nations Unies reste encore aujourd’hui la seule piste qui offre des chances de réussite, même si les tractations nécessaires pour obtenir l’adhésion de tous sont d’une frustrante lenteur. L’alternative est le « chacun pour soi », qui conduira de toute évidence à plus d’exclusion sociale et à une approche non contraignante des questions environnementales. Dans le même temps, la lenteur des avancées dans le cadre des Nations Unies ne peut servir d’alibi pour rechigner à prendre des mesures.
3. De nouveaux objectifs de durabilité doivent indiquer la marche à suivre. Il été convenu à Rio de travailler au sein des Nations Unies sur un successeur aux “Objectifs du Millénaire”, qui viennent à échéance en 2015. Il existe une volonté de travailler sur la base des trois dimensions (sociale, environnementale et économique) du développement durable. L’Union européenne a obtenu que ce processus soit ouvert aux experts et aux parties intéressées, notamment les syndicats. Une autre décision prise à Rio concerne l’élaboration de meilleurs outils pour mesurer le progrès en complément du PIB. Cette entreprise mérite d’être pleinement encouragée.
4. N’oubliez pas la promotion de l’économie verte et des emplois verts. La Conférence de Rio n’a pas permis de faire reconnaître l’économie verte comme moteur du développement social et de la protection de l’environnement. Les pays en voie de développement y voyaient surtout une tentative des pays riches de brider leur droit au développement économique par des règles environnementales. Il s’agit d’une occasion manquée, mais il n’y a pas de raisons de baisser les bras. Des rapports des Nations Unies (UNEP) et de l’OIT[2] montrent clairement que l’économie verte peut contribuer dans le monde entier à une croissance qui s’accompagne d’emplois décents, qui favorisent la protection de l’environnement. 400 représentants de 66 syndicats issus de 56 pays, y compris du Sud (!), ont adopté à Rio une résolution[3] qui souligne le lien entre progrès social, protection de l’environnement et travail décent.
5. Le financement, une question cruciale. Depuis la Conférence de Rio en 1992, la question du financement (et celle des transferts de technologie) est, pour les pays en voie de développement, au cœur des négociations sur le développement durable. Lors de la Conférence de Cancun sur le climat (2010), les pays développés se sont engagés à aider la politique climatique des pays pauvres à concurrence de US$ 30 milliards pour la période 2010 – 2012 et US$ 100 milliards par an à partir de 2020. La crise financière en Europe et le fait que les Etats-Unis refusent par principe de discuter du financement ont lourdement impacté les travaux de la Conférence Rio+20. La mise en œuvre réelle et rapide d’une Taxe sur les transactions financières (TTF), tant à l’échelle du globe qu’au plan régional, constitue un progrès majeur. Le produit de cette taxe pourra être consacré à la politique environnementale et climatique, ainsi qu’à réglementer le secteur financier.
Armés de ces cinq pistes, nous envisageons l’avenir avec détermination et nous participons à la réflexion sur un monde plus durable et plus équitable. Lors de la Conférence Rio+20, il était question de « L’avenir que nous voulons » (“Future we want”), avec beaucoup de bonnes intentions et de belles déclarations. Toutefois, « L’avenir que NOUS voulons » ne pourra vraiment se réaliser que si chacun se retrousse les manches.
Bert De Wel et Philippe CornélisConseillers service d’étude

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