vendredi 20 juillet 2012

Le compromis qui rassemble

21 juillet, jour de fête nationale. Nous serons sans nul doute nombreux à nous rappeler la sévère mise en garde lancée par le Roi Albert II dans son discours du 21 juillet 2011, alors que notre pays était plongé dans une crise politique interminable. ‘Le vrai courage’, avait alors déclaré le Roi, ‘consiste à chercher fermement le compromis qui rassemble, et non à exacerber les oppositions’. Ces propos s’adressaient à la classe politique, mais ils concernent tout autant les partenaires de la concertation sociale. 

Depuis l’échec de l’accord interprofessionnel 2011-2012, la concertation au niveau du Groupe des 10 est dans le creux de la vague. Cela fait maintenant un an et demi et nous nous demandons si nous parviendrons à sortir de ce creux. Voilà qui ne donne pas une belle image de la concertation sociale. Nous avons pourtant souligné à de nombreuses reprises combien cette image était importante.

Cependant,  la concertation au sein du Groupe des 10 n’est que le sommet de l’iceberg. L’état de la concertation sociale se mesure à un niveau beaucoup plus large, compte tenu des  nombreuses ramifications que compte notre modèle de concertation. Ce qui se déroule au niveau du Conseil national du Travail et du Conseil central de l’Economie, dans les autres organes consultatifs fédéraux, au sein des comités de gestion des organismes sociaux, au sein des organes régionaux de consultation, de concertation et de gestion, dans les secteurs et les entreprises est tout aussi important. Ce n’est donc pas parce qu’un AIP échoue que notre modèle social est  détruit. Pensons notamment à ce que le Conseil national du Travail a pu inscrire à son palmarès ces derniers mois, avec une série de nouvelles CCT et un grand nombre d’avis unanimes sur des thèmes pourtant très délicats : l’allongement de la carrière, la fraude sociale, les faux indépendants et, la semaine dernière encore, le travail intérimaire, les cotisations sur les prépensions et les artistes. Le CNT vit des jours importants.

N’oublions pas non plus que la concertation est bien vivante dans les secteurs. Au niveau mondial, nous sommes, avec l’Autriche, le pays qui compte le plus grand nombre de travailleurs couverts par des CCT solidaires : 96% des travailleurs, soit une couverture pratiquement totale. Rappelons-nous aussi que fin 2008, en pleine tempête sur les marchés financiers, la Belgique était le seul pays européen où un accord interprofessionnel existait. Loin de nous l’idée de voiler les problèmes, mais nous demandons un peu de nuance dans les propos.

Notre responsabilité reste néanmoins de rétablir la concertation au Groupe des 10, notamment en vue des négociations interprofessionnelles et sectorielles pour 2013-2014. Le gouvernement fédéral nous y a d’ailleurs invités, dans le cadre de sa stratégie de relance. Il nous a même facilité la tâche en définissant une série de points de départ : discipline budgétaire (et donc pas de réductions de charges importantes qui viendraient grever le budget), pas de remise en cause de l’indexation automatique pour les travailleurs et les non-actifs, un avis sur la liaison au bien-être des revenus de remplacement pour le 15 septembre,… En même temps, le gouvernement a relevé le niveau de difficulté en renvoyant aux partenaires sociaux une série de dossiers ‘chauds’, comme le glissement des charges. Pour alourdir plus encore l’agenda, il a ajouté à l’ordre du jour de la concertation d’automne quelques idées fétiches des libéraux en matière de flexibilisation unilatérale de la durée du travail et du temps de travail.

La tâche s’annonce ardue, mais la CSC reste favorable à cette concertation. Nous continuons à croire qu’un compromis interprofessionnel équilibré, qui peut servir d’orientation tant pour les décisions politiques que pour la recherche de consensus au niveau sectoriel, est d’une importance capitale pour le maintien et la sauvegarde de notre modèle social. 



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