L’avantage d’une période de vacances est qu’elle laisse plus de latitude aux médias pour s’intéresser aux informations internationales. L’Organisation internationale du Travail (OIT) a pu bénéficier de cette chance la semaine dernière, lorsqu’elle a publié son rapport sur la crise de l’emploi dans la zone euro. Le risque de 4,5 millions de pertes d’emplois supplémentaires d’ici quatre ans a été particulièrement mis en avant (http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---dcomm/documents/publication/wcms_184965.pdf) . Nous espérons que le monde politique y sera tout aussi attentif. Avec ses 58 pages, le rapport de l’OIT est évidemment plus long que les communications de style Twitter qui sont notre lot quotidien. Nous avons donc tenté d’en faire un résumé, sous la forme de sept recommandations, en espérant qu’elles puissent contribuer au débat sur la relance tant en Belgique qu’en Europe.
1. Mettez fin aux mesures d’austérité unilatérales. Nous savons aujourd’hui que ces mesures ne sont bonnes ni pour l’emploi ni pour l’assainissement budgétaire. Les pays qui mettent davantage l’accent sur la croissance obtiennent de meilleurs résultats en termes d’emploi, d’investissements et de stabilité financière. Le graphique 1 du rapport le montre clairement. Pour les trois pays soumis à un programme d’ajustement imposé par l’Europe, à savoir la Grèce, le Portugal et l’Irlande, le graphique compare le taux de chômage prévu avec le taux de chômage réel. Dans les trois cas, le chômage est nettement plus élevé que prévu.
2. Accordez une place centrale à l’emploi. L’OIT parle d’une “Job centred strategy”, qui mette fortement l’accent sur les investissements publics d’une part et sur une participation plus importante des travailleurs au revenu national d’autre part. Il serait ainsi possible de limiter le taux de chômage à 9,9% en 2014 dans la zone euro, au lieu des 11,5% prévus. Dans l’hypothèse catastrophe d’un éclatement de la zone euro et du retour aux monnaies nationales, nous pourrions nous attendre à un taux de chômage de 17,3%.
3. Misez surtout sur les jeunes. L’augmentation du chômage des jeunes est particulièrement alarmante dans la zone euro, selon l’OIT. Le chômage des jeunes dépasse aujourd’hui les 50% en Espagne et en Grèce. L’OIT ajoute que le chômage des jeunes reste aussi relativement élevé dans des ‘économies fortes comme la Belgique et Malte’. Le fait que les jeunes ne puissent pas bénéficier d’une première expérience de travail risque de laisser des traces pour le reste de leur vie, estime l’OIT. Mais il est tout aussi important, ajoute-t-elle, que les jeunes ne se retrouvent pas prisonniers d’emplois précaires. Les pouvoirs publics doivent donc s’engager à offrir aux jeunes chômeurs une place dans un programme de formation, d’éducation ou d’emploi. Ils ne doivent pas attendre trop longtemps et s’inspirer des exemples scandinaves : ne pas attendre que les jeunes deviennent chômeurs de longue durée définir précisément le groupe-cible, être suffisamment stricts et offrir un mélange de services et de programmes. Coût : 21 milliards pour l’ensemble de la zone euro. Soit moins d’un demi-milliard pour la Belgique, 466,67 millions pour être précis. L’effet de retour est très appréciable : grâce à la garantie-jeunes, 46% des jeunes concernés ont trouvé un emploi en Suède et plus de 80% en Finlande.
4. N’hésitez pas à rechercher des moyens supplémentaires pour la politique de l’emploi. Pourquoi ne pas envisager une taxe exceptionnelle sur la fortune et les bénéfices du capital? Ou une taxe sur les transactions financières? Ces taxes serviraient à financer des programmes pour l’emploi ou à réduire les charges sur le travail. L’OIT ajoute que ces mesures sont en tout cas préférables à des impôts indirects, qui sont dégressifs et accroissent donc les disparités de revenus.
5. Gardez-vous de la tentation de réformer le marché du travail. Treize des 17 pays de la zone euro se sont déjà engagés dans cette voie. Parmi ces 13 pays, neuf insistent surtout sur l’assouplissement des conditions de licenciement, ce qu’ils appellent, dans le jargon actuel, la « modernisation du marché du travail ». Dans le contexte économique actuel, cela ne peut qu’entraîner un nombre accru de licenciements, sans aucun effet sur la création d’emplois, avertit l’OIT.
6. Respectez le dialogue social. “La précipitation et l’absence de dialogue dans les récentes réformes du marché du travail sont une source d’inquiétude”, selon le rapport de l’OIT. Sans parler de la façon dont les pensions ont été réformées en Belgique.
7. Et cessez de réclamer de manière unilatérale une diminution des salaires. Il est temps, selon l’OIT, que les salaires suivent enfin l’évolution de la productivité dans les pays qui ont des excédents commerciaux, ce qui vise pour la nième fois l’Allemagne. Ne vous focalisez pas uniquement sur les salaires. En effet, les résultats à l’exportation sont tout aussi fortement conditionnés par d’autres facteurs. Sinon, comment expliquer que les Pays-Bas progressent et l’Italie n’avance guère, alors que ces pays connaissent une évolution similaire du coût salarial. Mais il est temps également, ajoute l’OIT, que les prix suivent l’évolution des salaires. En effet, alors que les écarts de coûts salariaux se réduisent au sein de la zone euro, surtout en raison des réductions radicales dans l’Europe du sud, les différences de prix s’accroissent. Autrement dit, les travailleurs ont été frappés de plein fouet, sans que cela n’ait d’impact significatif sur la compétitivité. Il faut donc établir un lien entre la modération salariale et la modération des prix dans les pays qui ont une balance commerciale en déficit.
Pour une fois, ce n’est pas nous qui le disons.
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