L’agitation autour de l’étude de la Banque nationale sur l’index a donné une autre impression mais dans le cadre du débat sur la relance, il y a longtemps que l’index ne figurait plus à l’agenda politique. Lorsque des alternatives ont ensuite été formulées, sous l’impulsion de la CSC, pour réduire le coût salarial, les employeurs aussi ont feint l’indifférence. Comprenne qui pourra mais les coûts salariaux et les charges salariales n’étaient subitement plus un gros problème ! L’impact positif sur l’emploi a perdu tout intérêt lorsqu’ils ont compris qu’en compensation de la diminution des charges salariales, les autres revenus devraient apporter une contribution plus importante. Or, cette proposition figure en détail dans une autre étude de juin 2012 réalisée par la Banque nationale en collaboration avec le Bureau du Plan. Cette étude recueille malheureusement nettement moins d’attention.
Ce réflexe de conservation était également perceptible dans les réactions des employeurs à la proposition de la Ministre de l’Emploi Monica De Coninck sur la solidarisation de la prépension. C’est l’œuf de Colomb, une idée qui figurait déjà dans Pacte de solidarité entre les générations de 2005 et dont le but était de convaincre les employeurs d’engager des travailleurs âgés. Ils hésitent parfois, de crainte d’être confrontés au coût des prépensions dans quelques années. Mieux vaut donc faire supporter ce coût par tous les employeurs. De toute évidence, les employeurs viennent seulement de prendre conscience que la solidarisation de la prépension est impossible sans une cotisation solidaire. La Ministre a proposé de percevoir une cotisation sur chaque licenciement sec d’un travailleur âgé. Les employeurs, UNIZO en tête, ont violemment protesté et ont entre-temps rejeté cette piste.
Autre exemple : une affectation plus efficace des aides actuellement accordées aux entreprises. Cette mesure figure d’ailleurs dans l’accord gouvernemental. Elle prévoit de convertir le subventionnement fiscal linéaire du coût salarial (pour 1 % des salaires) en un subventionnement du coût salarial induisant un effet positif sur l’emploi et en particulier l’emploi des travailleurs peu qualifiés. Si l’on examine la situation par secteur ou par entreprise, c’est évidemment une mesure qui fera des gagnants et des perdants. Globalement, c’est tout bénéfice pour l’économie et la société et surtout pour les chômeurs. Les calculs précis du Bureau du Plan en attestent. On constate même avec un certain étonnement que cette mesure est également favorable à l’industrie manufacturière. Or, les employeurs n’arrivent pas à obtenir une adhésion en interne, précisément parce qu’il y a des perdants. Le dossier est par conséquent bloqué.
Voilà comment le ballon s’est presque totalement dégonflé. On assistera sans doute encore à quelques soubresauts la semaine prochaine. Espérons qu’ils s’accompagneront de quelques propositions intéressantes qui agréeront chacune des parties.
Le gouvernement a toutefois demandé aux partenaires sociaux de reprendre une série de thèmes de relance après l’été. C’est logique car quand il est question du financement de la sécurité sociale, de la liaison des revenus de remplacement au bien-être, du salaire minimum, du marché du travail et du droit du travail, de la formation et de l’innovation, on touche de très près aux tâches fondamentales des partenaires sociaux. Sur ce terrain, mieux vaut donner un peu de marge à ces derniers. Le gouvernement se rend sans doute aussi compte qu’il ne s’en sortira pas seul. Au début de la législature, le gouvernement s’y était pourtant pris autrement. Espérons qu’il se montrera perspicace et qu’il finira par reconnaître le rôle des partenaires sociaux.
Cette mission ne fera qu’accentuer le niveau de complexité du travail à réaliser à l’automne. Jusqu’à présent, les partenaires sociaux avaient trois priorités : les négociations sur la liaison au bien-être des allocations sociales, le budget 2013 et l’accord interprofessionnel 2013-2014. Un chantier supplémentaire est venu s’y ajouter : comment relancer efficacement et équitablement la croissance et l’emploi ? Le gouvernement ne s’en est pas sorti. Les partenaires sociaux y arriveront-ils ? C’est une question ouverte à laquelle j’espère que nous pourrons apporter une réponse positive dans quelques mois. Une solution durable pour augmenter la croissance et l’emploi ne pourra être trouvée que si tous les revenus contribuent de manière honnête et juste. Si tous les groupes de revenus apportent une contribution correcte, la sécurité sociale pourra être financée honnêtement. C’est l’ensemble de la société qui en tirera les bénéfices : les travailleurs, les employeurs mais également les pouvoirs publics.

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