Dans quelques jours, notre compatriote Jacques Rogge donnera le coup d’envoi des Jeux olympiques. Cela promet bien du plaisir, en tout cas pour les « rares privilégiés » qui peuvent se permettre des tickets d’entrée et des nuitées d’hôtel, mais aussi pour les millions d’amateurs de sports de notre planète, qui regarderont les Jeux à la télévision. Parmi ceux-ci, il y a énormément de compatriotes, qui d’une manière ou d’une autre font partie des « rares privilégiés ». En effet, selon le site d’offres d’emploi Stepstone, les Belges sont les travailleurs les plus heureux d’Europe (De Standaard, 13.07) : alors que 51% des travailleurs allemands interrogés affirment être heureux, cette proportion grimpe à 71% en Belgique. Pour une fois, nous nous permettons de ne pas être modestes et d’y voir un lien avec la très bonne tradition belge de concertation sociale dans nos entreprises, de sorte que la participation et la concertation sont garanties même dans les petites PME. Si par malheur la Belgique devait remporter moins de médailles que prévu à Londres, ces louanges nous rendent en tout cas déjà très heureux.
De bonnes conditions de travail et des salaires décents restent hélas encore aujourd’hui un rêve très éloigné pour des millions de travailleurs. La Play Fair Campaign, une plateforme commune du mouvement syndical international et de la campagne Vêtements propres, a publié un rapport intitulé ‘Fair Games?’, consacré aux conditions de travail dans lesquelles sont produits les vêtements de sport destinés aux Jeux olympiques et à la façon dont le Comité International Olympique (CIO) et le Comité organisateur des Jeux de Londres (LOCOG) veillent à ce que les Jeux soient aussi équitables pour les nombreux travailleurs asiatiques qui les rendent possibles.
Play Fair a entre autres mené son enquête chez Amerseas Enterprises Ltd (Guangzhou, Chine), un sous-traitant d’Adidas, “partenaire de premier rang” officiel des Jeux de 2012. Le rapport est éloquent :
· Le règlement de travail prévoit des journées de 9 heures et l’obligation de prester 3 à 4 heures supplémentaires par jour (malgré que la durée légale de la semaine de travail soit de 40 heures en Chine et que le nombre d’heures supplémentaires autorisé par mois soit plafonné à 36) ;
· L’entreprise prévoit des logements pour les travailleurs sur le terrain de l’usine, de sorte que les travailleurs peuvent encore plus être contrôlés;
· Les travailleurs touchent le salaire minimum de 206 US $ par mois ; l’employeur en déduit 32 US $ pour des repas à peine comestibles et 8 US $ pour un lit dans les dortoirs, où huit travailleurs doivent se partager une chambre équipée de quatre lits superposés ;
· Amerseas refuse de verser des cotisations pour la pension et nombre de travailleurs n’ont pas droit non plus à la sécurité sociale parce que l’entreprise travaille autant que possible avec des contrats temporaires qui n’offrent aucune couverture sociale ;
· Toute tentative d’organiser les travailleurs peut se traduire par un licenciement ; dans la plupart des entreprises, le syndicat officiel ACFTU est un organe désigné et contrôlé par l’employeur, qui doit mettre les travailleurs au pas.
· Il n’y a aucune protection auditive contre le bruit des centaines de couseuses et les travailleurs sont assis sur des tabourets plutôt que sur des sièges de travail convenables. En raison de la chaleur et des normes de production démesurément élevées, les travailleurs ne portent pas d’appareil de protection respiratoire ; ces appareils ralentissent le rythme de travail, ce qui est inacceptable pour les surveillants / gardes-chiourme.
Par ses actions déterminées, Play Fair s’est clairement fait entendre du CIO et du LOCOG. Pour la première fois, le CIO a retenu des règles de durabilité comme critères de sélection pour les Jeux de 2012. De ce fait, le LOCOG a inséré dans ses contrats avec les détenteurs de licences et les sous-traitants un code de bonne conduite-type, basé sur les normes de travail fondamentales ; en outre, il a élaboré un mécanisme de plaintes pour les travailleurs de la chaîne de sous-traitance, afin qu’ils puissent dénoncer les violations des droits. Lorsque Play Fair a signalé en février 2012 que deux entreprises qui fabriquent les mascottes olympiques et des pin’s exploitent gravement leurs travailleurs, le LOCOG a franchi un pas supplémentaire en concluant un accord de collaboration historique avec l’organisation.
Tout ceci s’avère pourtant être “too little, too late” (trop peu, trop tard) pour inciter les sous-traitants des grands équipementiers sportifs, qui sont les partenaires officiels des Jeux, à modifier leur comportement. Le rapport de Play Fair constate avec impuissance que les droits du travail n’ont que très peu progressé dans l’industrie asiatique du textile et de la chaussure. Le LOCOG a trop tardivement uni ses efforts avec Play Fair pour qu’il soit encore possible de mettre en place un système cohérent de due diligence (système de surveillance éthique). Pas de médaille, donc, pour le LOCOG, mais bien une mention honorable pour son ouverture et sa volonté de collaborer avec Play Fair.
Le mouvement syndical international a déjà les yeux tournés vers Rio 2016. Il espère vivement pouvoir décerner des médailles à cette occasion !
Renaat Hanssens
Service d’étude CSC
16.07.2012
Le texte intégral du rapport est disponible sur le site : http://www.playfair2012.org.uk
Aussi sur le même sujet une page spéciale sur notre site web.
Le spot d'AchACT
Renaat Hanssens
Service d’étude CSC
16.07.2012
Le texte intégral du rapport est disponible sur le site : http://www.playfair2012.org.uk
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Le spot d'AchACT


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