Mon étonnement a été aussi grand que celui de bon nombre d’entre vous… Imaginez la scène : deux économistes du groupe de réflexion Itinera étudient le même tableau et en tirent des conclusions différentes. De quoi s’agit-il ? De l’impôt des sociétés. Le tableau en question représente l’ampleur de l’assiette imposable (le revenu dont jouissent les sociétés), le montant que celles-ci peuvent en déduire et finalement le montant de l’impôt à payer.
Ce montant n’est pas négligeable : en 2009, l’assiette imposable (le revenu de l’ensemble des sociétés) s’est élevée à quelque 91 milliards. Les entreprises peuvent faire valoir environ les deux tiers de ce montant (plus ou moins 60 milliards) à titre de frais (y compris les intérêts notionnels). En conséquence, les entreprises ne sont taxées que sur ces 30 milliards. Vu le taux d’imposition de 33 %, l’Etat n’a finalement encaissé en 2009 que 9,008 milliards, soit un taux d’imposition réel de 9,8% sur le montant total de 91 milliards. Si vous voulez mon avis, cela n’a rien d’impressionnant.
Voilà pourquoi le professeur Hindriks a déclaré dans la presse que les intérêts notionnels ont clairement créé un trou dans les caisses de l’Etat.
Ces propos ont ensuite été contredits par l’économiste en chef d’Itinera. Non, les intérêts notionnels n’ont pas créé un trou dans le budget. C’est le taux d’imposition réel qui est tout simplement moindre qu’il y a 10 ans. Toutefois, il fallait aussi tenir compte de l’aspect conjoncturel et les chiffres de 2010 et 2011 ne sont pas encore disponibles. Le débat sur l’année de référence correcte, etc. n’est pas pertinent pour notre argumentation. Par contre, il est clair qu’en termes réels les entreprises contribuent moins qu’il y a 10 ans.
Ces messieurs ont donc repris avec enthousiasme la thèse que nous défendons depuis des années. Les bénéfices sont moins taxés pour les Entreprises que pour les gens qui vont tout simplement travailler. Les chiffres rendus publics aujourd’hui étaient en fait encore inférieurs à ceux publiés jadis par le ministre Reynders : 11 milliards d’impôts perçus sur 93 milliards de revenus, ce qui donnerait un taux d’imposition réel de 11,8 %. Les chiffres encore plus médiocres publiés aujourd’hui prouvent la gravité de la situation pour l’impôt des sociétés, avec ou sans intérêts notionnels. Le fait est que les salaires et les revenus professionnels rapportent nettement plus à l’Etat. L’impôt des personnes physiques rapporte quatre fois plus. En outre, le taux d’imposition moyen pour un salarié n’est pas de 9,8 %. En 2009, il s’élevait à pas moins de 17,9 %.
Voilà qui offre clairement matière à réflexion. L’étude présentée est conçue comme une invitation au débat, une invitation que nous acceptons volontiers. En tant que syndicat, nous pensons qu’en cette matière, il faut rapidement apporter des solutions concrètes.
Tout d’abord, il faut ramener l’impôt des sociétés à ses fondements. Il faut bannir les mécanismes qui n’ont pas d’impact sur l’emploi et sur les investissements. Il faut mettre fin à l’embrouillamini d’abattements, qu’il s’agisse d’intérêts notionnels ou d’autre chose. Il faut tout simplement accroître le produit de l’impôt des sociétés.
Dans notre perspective, l’élément conjoncturel n’est pas vraiment pertinent pour expliquer la baisse des recettes fiscales. Puisque l’impôt est basé sur les revenus et le comportement, la conjoncture n’est pas un argument valable dans le débat sur “qui contribue suffisamment », puisque toutes les recettes fiscales subissent le contrecoup de la crise.
Il faut relever le taux réel. En Belgique, le taux de l’impôt des sociétés est théoriquement de 33,99 %. Si personne ne paie autant, ce taux n’a pas de sens. L’écart entre le taux théorique et le taux réel est beaucoup trop important. Ce genre de réforme n’est naturellement pas une sinécure. Elle doit être entreprise avec prudence.
L’Union européenne a heureusement donné le bon exemple. Dans sa nouvelle proposition pour une assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés (CCCTB), l’Union européenne est en tout cas résolument opposée à la possibilité de prévoir de nombreux abattements en tous genres. Il reste un petit nombre d’abattements limités. L’Union européenne donne donc le bon exemple. La Belgique doit tout simplement suivre rapidement.
Koen Meesters










