Pour la première fois depuis le
début de 2010, ce ne sont pas les prix de l’énergie mais bien les services
(loisirs et soins corporels) qui ont le plus contribué à l’inflation en
Belgique. C’est une très bonne nouvelle. L’augmentation des prix de l’énergie pèse lourd
sur le budget des ménages et détériore la compétitivité de nos entreprises. Les
nuages restent pourtant encore nombreux.
Durant les six
premiers mois de cette année, le prix du pétrole a d’abord plafonné à 126 US$ le baril en mars pour
descendre en dessous des 90 US$ en juin. Cette baisse a un impact positif sur
notre inflation. L’impact est direct au niveau des combustibles et du mazout de
chauffage mais l’effet est réel
également sur les prix de l’électricité et du gaz. Depuis le 1er
avril de cette année, le gouvernement a en outre bloqué l’indexation à la
hausse (heureusement pas à la baisse) des contrats variables de gaz et d’électricité
afin de réduire la répercussion rapide de l’évolution des prix du pétrole sur
les prix de l’électricité et du gaz. Selon l’Observatoire des Prix, cette
mesure a permis une baisse de l’inflation de 0,1% (2,5% au lieu de 2,6%) au deuxième semestre
de 2012.
Le risque
d’augmentation des prix énergétiques n’a toutefois pas disparu. Le prix du
pétrole est à nouveau à la hausse en ce moment ( 116 US$ le 1er août). Le répit
pourrait bien être de courte durée. Si nous examinons la situation à plus long terme,
en particulier pour le marché de l’électricité, d’autres facteurs sont
également importants, comme la décision prise par le gouvernement le 4 juillet
2012 concernant la sécurité d’approvisionnement.
·
Les
centrales nucléaires de Doel 1 et 2 seront arrêtées comme la loi le prévoit.
Tihange 1 sera maintenue en vie 10 ans de plus. L’électricité produite par Tihange 1 (1000 MW) sera vendue à prix coûtant
par les pouvoirs publics pour ensuite être écoulée sur le marché. On peut espérer
que cette mesure permettra effectivement d’augmenter la concurrence et ainsi de
réduire les prix (y compris pour les ménages !).
·
Le
maintien en fonctionnement de Tihange 1 s’accompagne toutefois
d’investissements supplémentaires pour garantir la sécurité. Il était d’abord question
d’un coût de 500 millions d’euros. On parle maintenant de 600 millions, qui
seront financés par les consommateurs.
·
Pour
garantir la capacité de production à terme, les pouvoirs publics vont veiller à
ce que les centrales existantes (à gaz) ne puissent pas être fermées du jour au
lendemain. Cela représente aussi un coût, qui sera payé par les consommateurs.
·
Les
pouvoirs publics vont aussi lancer une procédure d’appel d’offre pour la
construction d’une ou de plusieurs centrales à
gaz modernes. Les investisseurs ne s’engageront que si la contrepartie
reçue garantit une rentabilité suffisante. Il est évident que ces coûts seront aussi
répercutés sur les clients.
Et enfin, nous ne
pouvons pas oublier les tarifs du réseau de transport et de distribution, qui
ont un impact très important sur le prix de l’électricité. Les tarifs du
transport d’électricité sur le réseau à haute tension ont baissé de manière
substantielle (notamment suite à la suppression de la cotisation fédérale pour
la politique climatique). Les tarifs du réseau de distribution ont fortement
augmenté ces derniers années (entre autres en raison des panneaux solaires)
mais ils sont aujourd’hui maintenus à un niveau constant. On peut toutefois se
demander si cette stabilité pourra être garantie longtemps car le réseau
nécessite des investissements considérables et ce sont aussi ces tarifs qui
permettent de financer notre politique énergétique sociale et
renouvelable.
La discussion sur les
prix de l’énergie est extrêmement complexe. Si les médias s’intéressent surtout
aux hausses et aux baisses de prix, il est souvent plus important encore de
savoir qui paie plus ou qui paie moins. La situation évolue clairement dans le
sens où une part croissante de la facture est supportée par les ménages. Il est
évident que la compétitivité des entreprises ne peut être mise à mal par des
prix énergétiques déraisonnables mais la question de la juste répartition de
l’effort entre les ménages et les entreprises ne fait aujourd’hui l’objet
d’aucun débat public. C’est surtout en coulisses qu’a lieu le lobbying pour une
baisse des factures.
Et ça, ce n’est pas
une bonne nouvelle!


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