vendredi 3 août 2012

La baisse des prix du pétrole met fin (temporairement ?) à la hausse des prix de l’énergie.


Pour la première fois depuis le début de 2010, ce ne sont pas les prix de l’énergie mais bien les services (loisirs et soins corporels) qui ont le plus contribué à l’inflation en Belgique. C’est une très bonne nouvelle. L’augmentation des prix de l’énergie pèse lourd sur le budget des ménages et détériore la compétitivité de nos entreprises. Les nuages restent pourtant encore nombreux.   
Durant les six premiers mois de cette année, le prix du pétrole a d’abord  plafonné à 126 US$ le baril en mars pour descendre en dessous des 90 US$ en juin. Cette baisse a un impact positif sur notre inflation. L’impact est direct au niveau des combustibles et du mazout de chauffage mais l’effet  est réel également sur les prix de l’électricité et du gaz. Depuis le 1er avril de cette année, le gouvernement a en outre bloqué l’indexation à la hausse (heureusement pas à la baisse) des contrats variables de gaz et d’électricité afin de réduire la répercussion rapide de l’évolution des prix du pétrole sur les prix de l’électricité et du gaz. Selon l’Observatoire des Prix, cette mesure a permis une baisse de l’inflation de 0,1%   (2,5% au lieu de 2,6%) au deuxième semestre de 2012.

Le risque d’augmentation des prix énergétiques n’a toutefois pas disparu. Le prix du pétrole est à nouveau à la hausse en ce moment ( 116 US$ le 1er août). Le répit pourrait bien être de courte durée. Si nous examinons la situation à plus long terme, en particulier pour le marché de l’électricité, d’autres facteurs sont également importants, comme la décision prise par le gouvernement le 4 juillet 2012 concernant la sécurité d’approvisionnement.
·         Les centrales nucléaires de Doel 1 et 2 seront arrêtées comme la loi le prévoit. Tihange 1 sera maintenue en vie 10 ans de plus. L’électricité produite par  Tihange 1 (1000 MW) sera vendue à prix coûtant par les pouvoirs publics pour ensuite être écoulée sur le marché. On peut espérer que cette mesure permettra effectivement d’augmenter la concurrence et ainsi de réduire les prix (y compris pour les ménages !).  
·         Le maintien en fonctionnement de Tihange 1 s’accompagne toutefois d’investissements supplémentaires pour garantir la sécurité. Il était d’abord question d’un coût de 500 millions d’euros. On parle maintenant de 600 millions, qui seront financés par les consommateurs.
·         Pour garantir la capacité de production à terme, les pouvoirs publics vont veiller à ce que les centrales existantes (à gaz) ne puissent pas être fermées du jour au lendemain. Cela représente aussi un coût,  qui sera payé par les consommateurs.
·         Les pouvoirs publics vont aussi lancer une procédure d’appel d’offre pour la construction d’une ou de plusieurs centrales à  gaz modernes. Les investisseurs ne s’engageront que si la contrepartie reçue garantit une rentabilité suffisante. Il est évident que ces coûts seront aussi répercutés sur les clients.   
Et enfin, nous ne pouvons pas oublier les tarifs du réseau de transport et de distribution, qui ont un impact très important sur le prix de l’électricité. Les tarifs du transport d’électricité sur le réseau à haute tension ont baissé de manière substantielle (notamment suite à la suppression de la cotisation fédérale pour la politique climatique). Les tarifs du réseau de distribution ont fortement augmenté ces derniers années (entre autres en raison des panneaux solaires) mais ils sont aujourd’hui maintenus à un niveau constant. On peut toutefois se demander si cette stabilité pourra être garantie longtemps car le réseau nécessite des investissements considérables et ce sont aussi ces tarifs qui permettent de financer notre politique énergétique sociale et renouvelable.    

La discussion sur les prix de l’énergie est extrêmement complexe. Si les médias s’intéressent surtout aux hausses et aux baisses de prix, il est souvent plus important encore de savoir qui paie plus ou qui paie moins. La situation évolue clairement dans le sens où une part croissante de la facture est supportée par les ménages. Il est évident que la compétitivité des entreprises ne peut être mise à mal par des prix énergétiques déraisonnables mais la question de la juste répartition de l’effort entre les ménages et les entreprises ne fait aujourd’hui l’objet d’aucun débat public. C’est surtout en coulisses qu’a lieu le lobbying pour une baisse des factures.
Et ça, ce n’est pas une bonne nouvelle!

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